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ECRIRE AUJOURD’HUI (IV) Ecrire avec le bleu des mers du sud
(2)
Le pont et le
tsunami :
la magie
est dans
l’écriture
Un
terrible événement sépare cet article du précédent
consacré à la littérature valorisée par l’imaginaire
des mers du Sud : le raz-de-marée ou tsunami de décembre 2004 qui
a causé la mort de milliers de personnes, dévasté des pays
entiers, et bouleversé la vie des populations les plus pauvres du globe, en
Inde notamment. Désormais, les touristes européens savent que le rouge
du sang versé colore les eaux de ces lagunes au bleu inoubliable. Pour
autant, il ne faudrait pas en rester à une littérature de la
déploration. Le courage ancré dans le sentiment moral ne doit ainsi
pas faire oublier le processus de sublimation esthétique
qu’impliquent toute écriture et toute œuvre d’art. Un
très bel album jamais réédité de 1989 dont la traduction a
été publiée par l’Ecole des Loisirs en 1991,
L’éventail
magique de Keith Baker, est là pour nous le
rappeler. Rétrospectivement, ce conte illustré a devancé
l’actualité et nous donne un exemple de cette conjonction du beau, du
vrai et du bon qui fait de l’art un médiateur difficile et que nous
retrouvions aussi dans les carnets d’illustrateurs de Georges Lemoine
à propos de son illustration de La
petite marchande d’allumettes
d’Andersen dont l’action est située à Sarajevo
(1).

Dans le cas de
L’éventail
magique, les épreuves du héros
témoignent de cette foi aux pouvoirs de l’art en montrant la
détermination des habitants d’un village de pêcheurs japonais
submergé par un énorme tsunami et dévasté, lui aussi. Le
drame serait inévitable, si un homme du peuple, Yoshi, habile artisan,
n’avait conjuré la catastrophe et construit un pont sur lequel se
réfugient tous les villageois. Un pont contre la présence duquel ces
derniers ont d’abord protesté, parce qu’il faisait ombre à
leurs maisons et à leur négoce et parce qu’ils le croyaient
inutile, mais qui devient à la fin le symbole de leur entente et de leur
solidarité.
« Nous n’avons
qu’à tout reconstruire ! »,
s’écria-t-il… Ensemble, nous bâtirons un village nouveau
et encore plus beau. » « Et nous garderons ton
pont », dirent les villageois. »
Ainsi sont réparés dans
l’histoire les ravages de l’inondation causée par les
mouvements de « Namazu, le poisson des tremblements de
terre ». Mais l’image du malheur réelle, nous en saisissons
mieux l’horreur aujourd’hui, est bien enregistrée dans ce conte
étiologique : « Le tsunami déferla sur le village,
arrachant les palissades de bambou, disloquant les escaliers en terre cuite,
faisant crouler les murs en pierre. Bientôt toutes les maisons eurent
disparu dans un tourbillon de vagues écumeuses…».

L’effet déterminant du récit,
toutefois, provient de la manière dont le héros populaire s’est
qualifié et dont le pont a été construit. L’homme, en
effet, a été présenté comme un travailleur que le bruit de
ses outils rend heureux : « Tout ce que je pouvais construire
pour mon village, je l’ai construit. Je voudrais fabriquer des choses
nouvelles, plus grandes et plus belles. Mais comment faire ? » Et
la réponse est arrivée, muette et énigmatique sous la forme
d’un don merveilleux : un éventail apporté par la mer sur
lequel est figuré « un bateau à voile d’or »
« poursuivant la lune ». Invitation à l’action,
au voyage ou à la rêverie ? L’objet, en fait, s’est
avéré magique et a satisfait la passion que le héros éprouve
pour les causes extrêmes, comme, par exemple, celle de faire voyager un
bateau « jusqu’au bout de la mer » ou, à
l’aide d’un cerf-volant, de s’élever dans le ciel et
contempler le monde comme du « haut de la lune ».

Un troisième désir de Yoshi (la règle
de trois du conte !) a poussé le jeune homme à vouloir construire
un objet « qui se tendrait en travers du ciel comme un
arc ? » Et, une fois encore, l’éventail lui a
suggéré la réponse en déployant un arc-en-ciel au-dessus des
nuages : « Un pont en arc, à cheval sur le
village ! », a pensé Yoshi. Un pont que l’illustration
a aussitôt mis en
scène.

C’est ici que s’est affirmée
l’originalité de l’œuvre : toute la magie de
l’album et de ses inventions graphiques a consisté, à travers un
astucieux découpage du carton de ses doubles pages, à superposer la
forme des trois objets, l’éventail, l’arc-en-ciel et le pont,
afin de reproduire matériellement l’illusion littéraire de cette
féerie. Si bien que le lecteur, en tournant les pages, a l’impression
d’être l’acteur de ces
métamorphoses.
D’où le lyrisme
final que suscite chez Yoshi l’idée de futures créations :
« Des choses plus belles et plus grandes, comme des cloches pour
parler avec le tonnerre, des nasses pour faire la pêche aux étoiles
filantes, des tours pour guetter les secrets de la mer. »
La conclusion est bien celle d’une
élévation cosmique et d’une participation au
déchaînement pacifique des forces de l’univers. Comme le
précise le commentaire du narrateur, Yoshi a ainsi découvert que
« la magie était en lui. ». Cette magie ne traduit pas
la puissance des objets, mais bien le pouvoir de l’écriture même
et de l’intention esthétique ou de l’imagination qui la
soutient. Elle n’invite pas le lecteur à enregistrer une simple
création, mais à voir comment les artistes s’emploient à
transposer dans le domaine de l’art l’incitation à la vie
supérieure qui est celle de toute éducation et même de toute
littérature. Encore une fois, nous avons affaire à
l’élévation baroque de l’arc-en-ciel, pont de
l’esprit halluciné et inspiré !
On pourra rapprocher cette image de celle qui
apparaît dans une contexte légèrement différent dans
Follow the Rabbit-Proof
Fence
(Suivez la barrière de protection
contre les lapins), un livre australien de 1996
écrit par une Aborigène, Nugi Garimara (de son nom occidentalisé,
Doris Pilkington), et qui raconte la fuite de trois jeunes filles
aborigènes d’un orphelinat d’Australie occidentale où
elles ont été placées après avoir été
arrachées à leurs familles, selon la politique barbare de
séparation ethnique autrefois pratiquée. Depuis le bateau qui les
transporte sur l’Océan Indien vers ce qui sera une sorte de bagne,
les jeunes filles aperçoivent soudain un groupe de dauphins
s’élevant en un arc élégant au-dessus de la
mer :
« Les filles
observèrent avec intérêt les six gracieux mammifères voguer
dans l’air et piquer du nez dans l’océan turquoise. Les
dauphins surgissaient par paires comme si leurs mouvements étaient
régis par la chorégraphie d’un être supérieur. Les
filles regardaient, fascinées, alors que le bateau montait et descendait et
que les énormes vagues s’enflaient et se soulevaient sous elles.
» (2)
L’océan turquoise et
l’arc fluide des dauphins ! Nous observons là les manifestations
les plus secrètes de la vie de l’abîme marin, exposée et
suspendue un instant dans la tension qui l’élève, comme un pont
éphémère au-dessus de l’horizon ; le
« vol » des dauphins, proche des illuminations du
« Serpent arc-en-ciel » qui commande une part des mythes
aborigènes de cette région, exprime la perception intuitive des forces
vitales qui ramèneront les jeunes victimes de la violence, sociale cette
fois, dans leurs familles et les conduiront à la
liberté.
C’est, armé par ces
considérations que nous reprendrons donc le chemin des mers du Sud, fin
d’examiner quelques parcours significatifs d’écrivains ou
d’artistes, non pas dans la recherche d’un exotisme divertissant ou
avec le but d’un éblouissement touristique qui nous écarterait
des réalités de la société française contemporaine,
mais afin de partager les drames et les bonheurs de ceux qui vivent de
l’autre côté de la terre. Afin de porter notre regard vers ce
Sud dont la puissance d’illumination projette de nouveaux arcs-en-ciel sur
un Nord parfois désabusé. I Et, peut-être, d’ailleurs, pour
y retrouver toutes les interrogations qui affectent nos sociétés
multiculturelles. Dans cette démarche, nous suivrons d’abord, pas
à pas, les avancées d’un autre « magicien »
de l’image et du conte, venu cette fois des Antilles s’installer en
France : Alex Godard. Et, dans un prochain article, nous nous laisserons
emporter vers d’autres livres par les alizés de l’aventure
comparatiste.
Contre le
déracinement, la marche d’Alex Godard vers la mer turquoise et vers
sa lumière
Alex
Godard, illustrateur d’origine gouadeloupéenne né en 1965 et
auteur d’un premier volume, Le
conteur d’étoiles (Syros, 1990), est
diplômé de l’école d’arts graphiques Emile Cohl
à Lyon. Il vient de boucler dans une superbe série de quatre albums le
parcours significatif d’un artiste qui a d’abord incarné le
malheur du déracinement, puis la reconquête toujours plus solide du
bonheur à travers la rencontre de l’Autre et le retour à la
terre de ses origines mythiques. Telle quelle, son aventure guidée par une
« bonne étoile » (celle du conteur qui a inspiré
son premier livre, sans aucun doute !) est un authentique conte qui se
nourrit à la fois de la tradition du merveilleux et de la sensualité
d’une nature luxuriante et forte à laquelle l’artiste puise une
vitalité
renouvelée.

Dans son périple, Alex Godard part de la
position de l’émigré décrite comme un gris enfermement dans
Idora, un
album publié par Le Seuil en 1997, dont l’action est située ans
la région lyonnaise et qui montre au début une girafe se morfondant
solitaire et rêvant à la fenêtre de sa chambre. L’ouverture
en est significative :
« De la
colline du Gros-Caillou, la ville est toujours grise. Alors pour tromper son
ennui, Idora rêve. Soudain le fleuve s’élargit et devient
turquoise comme la mer. La brume ressemble aux embruns laissés par les
vagues, s’écrasant contre les maisons transformées en
falaises. »
La mer turquoise, de
nouveau et ici d’emblée ! Puissance de la nostalgie !
Prisonnière, la girafe laisse remonter à sa conscience les paysages de
son enfance et une mer originelle à l’extraordinaire couleur (Nous
noterons au passage que c’est la couleur même attribuée par
Collodi à la fée de Pinocchio). Mais le rêve déclenche
l’action : lors de « la journée internationale des
girafes », la manifestation de ces animaux montrée avec humour,
dans la tradition des caricaturistes du XIXème siècle (Grandville,
etc.), révèle une volonté plus intime : « Je ne
demande pas grand chose. Je voudrais ne plus être seule, avoir
peut-être des enfants et aller un été à la
mer ! », pense Idora. Ainsi, l’imagination matérielle
de son rêve masquait un désir de maternité qui est maintenant
formulé. Comme les jeunes filles aborigènes, c’est donc la fuite
qui sauve la girafe. Pour éviter les faux-semblants d’une agitation
artificielle (avec des partenaires qui sont autant de bouffons cultivant
l’absurde et le puéril: un rhinocéros qui fait du roller, un
zèbre sur une bicyclette) et pour échapper au « gigantesque
tourbillon » grisâtre dans lequel le monde a été
transformé par l’hallucination de la névrose (nous allons
retrouver plus loin des tourbillons de tempêtes bien plus concrets, mais
tout aussi merveilleux), l’animal décide de partir en train et de
« prendre un aller simple vers le Sud ! » C’est
qu’elle a perdu tous ses repères avec la dispersion de ses amis
lorsque leur vieil immeuble a été démoli pour laisser place
à de nouvelles habitations. De fait, cette perte a été vécue
par Idora comme une noyade, comme le suggère l’illustration sur
laquelle ce bâtiment apparaît comme dans une plongée sous-marine
entouré d’un banc de poissons multicolores, invitant le lecteur
à y voir la résurgence d’un souvenir du
lagon.

Mais une nouvelle séquence d’images la
montre ensuite s’endormant une seconde fois dans
« l’express qui l’emmène voir la mer »,
puis réveillée en compagnie d’une famille de girafes dont
l’un des enfants lit un album. Faut-il voir dans ce montage la suggestion
d’un autre rêve ou un clin d’œil et une mise en scène
indirecte de l’artiste dans son œuvre ? Les deux à la fois
sans doute, car le santé morale est dans ce partage familial de la
création, dans la liaison entre des partenaires rendus complémentaires
par l’acte complexe de l’écriture et de sa réception.
L’aventure enfin ne débouche pas sur la mer (les personnages
d’Alex Godard retrouveront celle-ci dans l’album suivant de 1998),
mais sur le spectacle de la campagne provençale avec sa lavande et ses
pins :
« Dehors,
d’épais massifs de genêts, en bouquets de
lumière,
illuminent l’espace
jusqu’au bleu du
ciel. »
Dans un sursaut de
vitalité, le paysage de cette nouvelle Arcadie gomme le sujet de la vision
perdu dans la lumière qui l’absorbe : seules demeurent au regard
du lecteur les couleurs du monde dont l’album est le fruit.

Dès 1998, nous pouvions écrire à propos
de ce
livre :
Idora
ou Le départ pour le Sud
Rien n'est
plus baudelairien ici que l'appel de la mer et des nuages. Rien n'est plus
romantique que le mouvement qui déplace l'imagination, de l'ennui gris au
transport lumineux dans une campagne idyllique. Du cadre géométrique
des fenêtres et de l'enfermement des chambres, on s'élance vers
l'ondulation d'un horizon éclaboussé de couleurs et ouvert sur les
lointains.
Cette dynamique innocente, qui,
dans l'album
Idora
d'Alex Godard, nous emmène de Lyon jusqu'à la Provence, n'est pas sans
signification pour l'immigré plongé dans l'univers des grandes villes,
mais elle prend un tour plus provocant, puisque l'héroïne en est une
girafe! L'humour confère alors plus de force et de discrétion, la
qualité d'un burlesque postmoderne, à un malaise existentiel qui
caractérise toujours nos sociétés de l'ère
post-industrielle.
Les images qui rendent
compte de cette expérience ne manquent pas de jouer subtilement sur le
décalage introduit par des spectacles inattendus. Dans la planche montrant
la manifestation des girafes sous la Tour Eiffel, une pancarte est visible: "Je
veux un mari"... Plus loin, les berges de la Saône sont transformées
en scène de cirque par le somptueux rideau rouge qui les encadre, mais on y
voit un rhinocéros juché sur des patins à roulettes et un
zèbre sur une bicyclette. Le bizarre suggéré par le montage
surréaliste est celui d'une comédie qui vire au cauchemar dans la
planche montrant le maelström de la vie
grise.
Sous ces images soignées,
l'illustration par ses tonalités sombres exprime la vérité du
pathétique. La perle d'une larme au coin de la paupière de la girafe
dans le compartiment de l’express en marche vers la Méditerranée
ne paraît, en effet, ni saugrenue, ni excessive, dans l'infinie tristesse
de l'animal. Il y a convergence de la grâce et de la douceur dans un petit
drame silencieux de l'intime, comme on les imagine parfois dans la vie des
enfants auxquels l'album est destiné. Seule masse un peu insistante dans ce
décor, celle de l'éléphant femelle qui fait trembler l'immeuble
quand elle marche. Mais la lourde bête grise s'appelle Madame Bossanova et
son nom désigne le secret entrain du livre emportant le lecteur... Du rire
aux larmes, de la pluie au soleil, le temps d'une danse bien en chair
ostensiblement conclue sur l'éclat d'une illumination et d’une nature
qui fait rêver.
Maman-dlo
ou les deux
mères
Mais en 1997, les jeux, pour
autant, ne sont pas faits dans l’imaginaire du créateur Alex Godard,
et c’est aux Antilles mêmes qu’il va inscrire le sort
d’une famille représentative dans les paysages de la mer des
Caraïbes. Cet appel de la mer exige encore que soit exorcisée la peur
de Maman-dlo, la sorcière. Celle-ci est la mauvaise mère symbolique
des contes traditionnels qui dérobe les fils des Antilles, les séduit,
les arrache à leur bateau et les entraîne au fond pour les noyer.

Le tourbillon noirâtre de l’ennui lyonnais
est bien oublié, mais pour de vertes profondeurs qui n’en sont que
plus traîtresses. Maman-dlo est encore, dans l’album de ce titre
publié chez Albin Michel Jeunesse en 1998, l’expression imagée
d’une autre force jumelle néfaste et symétrique : celle
qui, à travers l’attrait exercé par la
« métropole », enlève aussi les femmes
transportées dans l’exil économique vers la France pour y
travailler. Ainsi la mère de Cécette, une jeune héroïne
d’une dizaine d’années tout au plus, a pris le bateau vers
l’Europe, confiant sa fille à ses parents, après la mort de son
mari noyé au cours d’une pêche en mer et l’enfant qui
l’attend lui décrit sa vie de tous les jours dans ses lettres. Dans
le dessin que fait Cécette, après une promenade dans
l’Anse-Bois-d’Inde en quête de « coquillages et aussi
de sable rosé » c’est pourtant encore le ciel bleu et non
la mer qui est le représentant symbolique du monde
originel :
« Elle dessine
une tourterelle dans le ciel, puis elle l’efface. Elle ne garde que le
ciel parce qu’elle ne sait pas dessiner les tourterelles. De toute
façon, c’est d’un ciel bleu dont sa mère a besoin.
Là-bas, c’est gris tout le temps. Cécette dessine aussi une case
en planches, recouvertes de tôles ondulées... Derrière, elle
peint un arbre, un mapou aux feuilles bien solides. Là-bas, les arbres
perdent leurs feuilles. Drôle de manie ! Elle n’oublie pas de
mettre un gros soleil bien jaune parce que là-bas, dit-on, il fait
très froid… »
Le
dessin de ce ciel et de ce soleil, évoqués, mais non
représentés par l’illustrateur, a été en
réalité précédé dans l’album par la planche
magnifique d’une double page montrant la fillette dans le vent en train de
marcher sur la plage au bord d’une lagune au bleu turquoise et au ciel
inoubliables : un rameau de feuilles charnues qui semble surgir de la
gauche, comme pour la caresser et la soutenir, révèle là aussi la
puissance des forces naturelles à son service.

Comme si les images dans leur vérité
livraient l’énergie inconsciente du personnage, Cécette est
l’émanation, l’âme en quelque sorte, d’un jeune pays
et d’une grande espérance. Déchirée entre
l’envoûtement sensuel qu’exerce son île bleue (la
persistance des feuilles du mapou signe la permanence des forces naturelles) et
l’appel de l’Europe, elle sort victorieuse de son dilemme moral,
avec le soutien affectif de ses grands-parents et s’impose comme
médiatrice de la culture qui la déracine. Bonne élève
qualifiée par sa maîtrise du français, par la lecture et
l’écriture, elle devient, en fait, l’auxiliaire magique de sa
grand-mère illettrée, sans défense devant les mystères de
l’administration française, et se transforme en professeur de son
aïeule à qui elle apprend à lire et à écrire. Enfin une
nécessité intérieure la pousse à rejoindre sa mère en
France et elle prend le bateau à la fin de l’album pour aller passer
les vacances avec elle. En réalité, pour livrer un autre combat:
« Cécette monte sur le bateau,
les poings serrés, comme si elle allait devoir se battre contre le Reine
des Eaux. Contre toutes les maman-dlo qui promettent monts et merveilles pour
mieux séparer ceux qui
s’aiment. »
Entre
l’éternité de la vie dans l’univers du mythe (non pas une
Arcadie à la Bernardin de Saint Pierre, mais le monde simple et ancestral
des pêcheurs du bord de mer) et les turbulences de l’histoire des
civilisations de l’écriture, Alex Godard inscrit la glorification
ultime d’une petite fille devant affronter les réalités de la
communication contemporaine. Qui plus est, il laisse entendre dans la
dernière page de son livre montrant le bateau en partance sur une mer
turquoise dont le bleu a été comme renforcé et comme obscurci que
l’enfant sortira victorieuse de son épreuve : « Je
reviendrai… Je reviendrai ! crie-t-elle, tandis que le bateau gagne
doucement le large. »
Avec
détermination, Cécette oppose donc la douceur enfantine et la relation
fusionnelle à la violence des séparations : l’anse marine
est bordée ici d’un filet abandonné sur une plage déserte
et elle est limitée aussi par un rocher noir qui laisse saisir, par
anamorphose, le masque du père disparu. Et c’est
précisément par l’introduction d’un conte expliquant la
mort de celui-ci et montrant la cruauté de Maman-dlo que tout le récit
d’Alex Godard tire sa cohérence et sa force. Une soirée de
contes est mise en scène au coeur même du récit :
« Té Krik ? Yé krak ! Yééé
Mistikrik ? Yééé
Mistikrak ! » Elle intervient, comme il convient selon
les rites du contage, à la tombée de la nuit et les planches de
l’album décrivant le drame sont éclairées par la
lumière du couchant, à cet instant du crépuscule où
l’onde noire et bleue est encore bordée d’une frange
d’or. Ainsi l’action néfaste de la sorcière est-elle
soulignée par l’attrait pervers de l’or qu’elle fait
briller aux yeux éblouis des deux pêcheurs rentrant bredouille de leur
sortie en mer :
« Regardez ce
que j’ai pour vous...
Tout aussitôt,
le ventre obscur de la mer s’illumina, semblant trahir la cachette
secrète du soleil à la nuit venue.
Plongez ! dit-elle. Plongez et remplissez
votre canot d’autant d’or que vous
voudrez ! »
Accouchement
monstrueux au fond de la mer, ce ventre est aussi le centre vertigineux qui
entraîne la victime vers le fond, tout comme le tourbillon gris
d’Idora consacrait un naufrage : la soif non maîtrisée de
l’or cause la ruine des héros et l’un des deux frères ici
va périr : le plus cupide, le père de Cécette ? Rien ne
permet de le dire. Mais le conte « en abyme », un
récit-miroir à la morale naïve, retentit dans l’histoire de
l’album comme un avertissement qui n’a pas été
écouté et c’est au lecteur qu’il appartient de tirer ses
propres conclusions de l’assemblage artistique des textes et des
images.
L’illustrateur, finement, a pris
soin de l’avertir et d’offrir à son regard enchanté
l’indice de superbes pages de garde : encadrant le récit,
celles-ci présentent par analogie un motif de madras dont la turquoise est
illuminée par un éclat doré qui semble suggérer les lueurs
du soleil brillant à travers la matière du rêve même !
Un sublimé de la végétation luxuriante de l’île et de
son mapou emblématique? Un rappel de ces décorations et coquillages
que Cécette colle autour du paysage dessiné dans ses lettres :
« des coquilles-papillons nacrées aux motifs de
madras… » De toute façon, suggérant la
légèreté colorée de l’être dans sa transparence
solaire !
Maé et le
lamantin ou l’auxiliaire magique et le
grand combat dans la lagune

Si le drame qui s’est joué sur la mer et
dans les sombres profondeurs marines de
Maman-dlo
est celui des pères inconscients, en revanche dans
Maé et le
lamantin, publié en 2000 toujours par Albin
Michel Jeunesse, c’est au fond de la mer même que la petite
héroïne d’Alex Godard va descendre pour affronter un monstre
marin et pour exorciser l’image dévorante d’une marâtre
prénommée Piranhas. La fiction ne montre donc pas Maman-dlo attirant
les hommes sous l’eau, mais cette marâtre égoïste dans une
barque, menaçant d’un harpon assassin le lamantin devenu le compagnon
de jeu (et même le double animal) de l’enfant qu’elle se refuse
à aimer. Le mammifère, en effet, est venu réconforter la petite
fille réfugiée dans sa tristesse au pied d’un grand
banian : curieusement Maé se trouve alors exactement dans la position
que Paula Boi, dans le livre de Claudine Jacques que nous avons examiné
dans un précédent article, attribuait à Clara, avant sa descente
dans le royaume des ancêtres qui est aussi celui des morts. Maé
est-elle orpheline de mère ou bien celle-ci l’a-t-elle
abandonnée? Le lecteur penche pour la première hypothèse, car la
filiation matrilinéaire qui commandait la vision de Clara est ici
masquée dans un scénario mettant en scène un animal qui symbolise
le maternel : n’appelle-t-on pas aussi le lamamtin « la
vache marine » ? L’intention narrative, de toute
façon, est la même : l’initiation suppose cette descente
dans les profondeurs sensorielles du donné culturel (la nature antillaise
comme fondement de l’identité), dans la conquête d’un
bonheur familial qui s’installe en parfaite harmonie avec le monde des
êtres et des choses. Cet univers intermédiaire et provisoire est celui
de la mangrove, la forêt plantée dans les eaux (cette mangrove que
Cécette avait déjà traversée) et le lamantin, en invitant
Maé à « partir en voyage » un beau matin,
l’a entraînée dans une fugue
salvatrice :
« En silence, ils
descendirent le cours de la rivière. A travers la forêt, l’eau
zigzaguait comme un long serpent vert, sur lequel le soleil dessinait des
écailles d’argent. Peu à peu, les grands arbres disparurent, la
terre s’émietta en îlots à oiseaux. La lumière devint
plus intense. Le ciel s’agrandit. Maé découvrit alors
l’immensité bleue de la mer. De grosses vagues frappaient avec fureur
la barrière de corail. »
La
révélation et l’initiation aux beautés de la nature, en
fait, n’interviennent véritablement hors de toute culture que lorsque
les deux amis plongent sous l’eau :
« Un banc de poissons
éclata en un feu d’artifice multicolore. D’énormes
gorgones, semblables à des éventails se balançaient lentement au
gré des
courants…»

Image lumineuse symétrique de celle qui
montrait l’immeuble lyonnais sous les eaux
grises d’Idora
(Et à regarder l’album de 1997 avec plus d’attention
maintenant, on s’aperçoit que le lamantin nageait déjà dans
ces eaux troubles, comme une promesse secrète de bonheur à
venir !). Dans Maé et le
lamantin, l’illustration en coupe, sur
deux doubles blanches où domine le vert magique des mers du Sud,
s’attarde avec insistance sur les jeux des deux partenaires dans les eaux
cristallines du lagon. Jeux que troublera l’arrivée de
Squale-le-Terrifiant, bien que le danger, en réalité, vienne
d’ailleurs pour le lamantin : du harpon que brandit d’abord le
pécheur, le père de Cécette pour le transpercer. L’animal
est donc blessé, et sa plainte le rapproche encore plus de l’enfant
qui s’efforce à son tour( dans le système du don et du
contre-don cher à Marcel Mauss, et si typique des sociétés
« primitives », comme de la société enfantine) de
le réconforter. Finalement, l’épreuve principale du drame se
joue dans un flamboiement d’ailes d’ibis dérangés par
l’affrontement qui met aux prises Squale-le-Terrifiant et Pirhanas
armée du harpon avec lequel elle voulait tuer le lamantin (afin
d’obtenir la graisse qui lui procure un onguent nécessaire à sa
beauté). L’animal, symbole de douceur, représentant de la bonne
mère orale, l’antithèse donc de Piranhas, sauve pourtant
celle-ci de la mort en entraînant le squale après lui dans les
profondeurs. Le lamantin, on l’apprendra plus tard, ne meurt pas dans
l’épisode et son intervention provoque la transformation de la
marâtre qui s’adoucit et se laisse enfin attendrir par la
présence de Maé :
Longtemps dans
mes songes
J’ai bercé un
enfant
Il me souriait dans ses
langes…
La complainte populaire
chantée par Piranhas fait écho aux plaintes de l’animal
blessé et enregistre la métamorphose de la marâtre en mère
aimante contribuant à l’authentique
« naissance » de l’enfant. L’album peut
maintenant se clore sur l’image du bonheur de la famille réunie et
sur l’annonce du départ probable du lamantin qui a servi
d’auxiliaire magique. L’animal retrouvera sa nature propre dans la
liberté et la vie sauvage qui fondent sa vérité, après avoir
incarné une fonction maternelle élégiaque. De plus, la liaison
entre l’animal et la fillette a été régie par le signe
lyrique du chant, et, au dénouement, c’est encore le chant de la
nouvelle mère qui « apaise » Maé. Le narrateur de
l’album, qui, au début avait montré l’enfant au pied
d’un vieux banian, la décrit maintenant dans une
« maison » dotée d’une véranda
surélevée d’où on peut « guetter » la
mangrove, et la quitte après l’avoir mise « dans les bras
de sa maman » où elle peut
s’endormir…

Au terme de ces trois albums, Alex Godard a
donc effectué un parcours significatif : ses personnages, quittant les
paysages de l’exil dans les cités de la misère grise, se
dirigent vers le monde d’une enfance qui tire son équilibre de la
stabilité des relations de la société traditionnelle dominée
par les grands-parents et survivant dans le cadre d’un artisanat en
déclin. La génération intermédiaire des parents est
l’objet de turbulences dues, du côté masculin, à
l’emprise d’une soif du gain qui remet en cause l’échange
symbolique des communautés rurales et, pour ce qui est des femmes,
d’un narcissisme qui ne ménage qu’un espace aléatoire aux
soins exigés par l’enfant. Dans ce contexte, le réconfort
s’obtient par le culte des animaux fétiches et dans le retour à
une vie fantasmée, revivifiée par la fusion du chant. D’où
la difficulté de rencontrer l’Autre. Maé, la dernière
héroïne qui ne trouve véritablement une mère qu’à
la fin du livre, est enfin prête pour cette rencontre préparée
par une longue errance. Voyons comment cet événement décisif
s’effectue dans un dernier album : aura-t-il lieu dans une ville ou
dans la forêt ? Au bord de l’eau ou dans les profondeurs du
lagon ? Quel sera le partenaire de la petite fille qui, une fois de plus,
assume les premiers rôles dans la fiction contemporaine.
La forêt de
Cœur-Bouliki ou la rencontre de
l’Autre

L’aventure du dernier album d’Alex
Godard au titre énigmatique, La
forêt de Cœur-Bouliki, publié par
Albin Michel Jeunesse en 2002, a pour héros cette fois Sam, un jeune
garçon d’une dizaine d’années qui en est le narrateur.
Elle ramène au premier plan la végétation luxuriante et forte des
Antilles et le décor de la forêt dans une ouverture lyrique
significative : « Partout, la forêt retentissait de chants
d’oiseaux invisibles. Partout, elle exhalait le parfum sucré des
goyaviers, des papayers. » Elle commence délibérément
comme un conte : « C’est là, au détour
d’une haie de fougères arborescentes, que je l’ai
rencontrée. Avec ses yeux de perles noires, Mona avait l’air
d’une princesse. » Les perles d’un baroque caraïbe vont
donc inspirer les péripéties de ce qui va s’avérer une
histoire d’amours enfantines. A peine dénommée (et ce sont
les deux enfants qui lui donnent ce nom), la forêt, malgré ses
arbustes aux feuilles larges et luisantes, malgré le fouillis de ses
palmes, se montre dangereuse : « Soudain, comme une ombre,
la nuit est venue, et avec elle, la peur. Une peur qui donnait froid dans le dos
et qui faisait claquer des dents. » Toute la fantastique
repérée par Gilbert Durand à propos des « visages
agressifs » d’une temporalité menaçante (3) se
déploie alors pour terrifier les enfants : grouillement
inquiétant, fourmillement de présences obscures dans la nuit, becs
pointus, monstres dévorants qui apparaissent ici sous la formes des statues
de crocodiles qui s’animent et même peuvent parler ; plus loin
encore apparition de personnages à « l’inquiétante
étrangeté, comme les « marabouts et oiseaux
sorciers » dispensateurs de colliers
« gri-gri » ; enfin la « harpie »,
l’oiseau aux « ailes immenses qui cachent le soleil »,
au bec et aux serres monstrueuses et qui emporte les enfants dans le ciel. La
terreur que suscitait l’onde noire de Maman-dlo est multipliée par
toutes les ressources du bestiaire accumulé par la tradition du conte
populaire et renforcée ici par l’association des représentants
du Mal du pouvoir de l’argent : « Vous voulez devenir
propriétaire ? », demande le crocodile et « Il
faut payer pour être riche !, s’étonne Sam dans sa
rencontre avec le marabout.
On notera
pourtant dans ce scénario l’apparition d’un château de
rêves qui semble sortir des Riches
Heures du duc de Berry, mais dont les gardiens,
les terribles crocodiles, désamorcent bien vite la séduction. On
remarquera aussi qu’aux poissons des albums précédents
répond la grande cage remplie d’oiseaux multicolores dont le vol
ensuite dessine un arc-en-ciel dans le ciel.

Féerie éphémère qui est
effacée par l’ombre de la harpie. Les déplacements de Sam et de
Mona surtout sont marqués par une frénésie croissante et se
transforment en une course pour la liberté (« La formule est la
« liberté gri-gri », déclare le marabout
auxiliaire magique), car le garçon devient la cible de chasseurs
invisibles. Le suspense final est saisissant, lorsque le garçon et la fille
sont emportés dans la cage aux oiseaux et se conclurait sur une chute
fatale, si toute l’histoire ne s’avérait être un rêve
dont Sam s’éveille au dénouement. Feinte de scénariste,
certes, un peu facile, mais qui séduira les plus jeunes lecteurs. Car la
levée des fantasmes du rêve conduit le héros à prendre une
résolution dans la vraie vie et le décide à déclarer à
Mona qu’il l’aime : un geste auquel il ne se résolvait
pas, dans sa timidité. En attendant qu’il trouve le moment propice
pour le faire, les deux bambins sont montrés sur la dernière planche,
leur cartable sur le dos et se tenant par la main sur le chemin de
l’école unificatrice. Un obstacle a été levé dans ce
rapprochement et qui masque ce qui semblera aux yeux de certains lecteurs le
véritable enjeu du conte : la couleur différente de leur peau, au
sujet de laquelle rien n’est mentionné. L’arc-en-ciel de toutes
les couleurs était le leurre qui déguisait une opposition plus
délicate et les ambiguïtés de la société
muticulturelle.
Un plaidoyer pour la
liberté ?
Ainsi, avec
discrétion et finesse, mais avec une passion qui se mesure aux dangers
encourus par ses personnages, Alex Godard a-t-il voulu présenter sous les
apparats du conte une sorte d’allégorie de la reconnaissance et une
vision élégante et innocente de l’égalité des
chances : sur la dernière planche de
La forêt de
Cœur-Bouliki, symboliquement les
barrières tombent et les grilles à la somptueuse ferronnerie
parée de cœurs de bronze s’ouvrent sur la forêt vers
laquelle retournent l’écolière et l’écolier. Enfin
sur la quatrième de couverture, une perruche rouge et une perruche verte
(de couleurs complémentaires donc) sont représentées sur la
même branche dans un cœur découpé sur les frondaisons de la
forêt. Par quoi on voit que la littérature de jeunesse,
aujourd’hui comme en ses origines, aime bien s’adresser à son
lecteur à coups de ces objets concrets et à double sens que sont les
emblèmes. Ce qui persiste, toutefois, dans l’imagination du lecteur,
c’est la beauté et l’ampleur des paysages, le mystère
d’une forêt observée de très près, avec ses fleurs,
ses oiseaux et surtout sa végétation : une nature où le
bonheur peut être possible, pour peu que les êtes humains aient du
courage et puissent s’aimer. Pour peu qu’ils aient, chevillé au
corps, ce sens de la liberté qui anime les personnages doux mais
résolus des livres d’Alex
Godard.

Notes.
1) Voir chapitre I, Jean Perrot,
Carnets
d’illustrateurs, Editions du Cercle de a
librairie, 2000.
2) Notre traduction. Doris
Pilkington/Nuri Garimara, Follow the
rabbit-Proof Fence, University of Queensland
Press, Australia,1996, pp. 54-55.
3) Gilbert
Durand, Les structures anthropologiques de
l’imaginaire, Paris, Bordas,
1969.
Alex Godard se trouve ici sur
les positions d’Evelyne Trouillot, écrivain de Haïti qui
s’est engagée dans la défense de l’enfance, à la fois
par un plaidoyer théorique dans l’ouvrage
Restituer
l’enfance et par les récits
adressés aux jeunes lecteurs de son pays. Dans
L’île de Ti
Jean, en particulier, c’est cette parfaite
entente de l’enfance avec la nature qu’elle défend comme la
condition d’une croissance harmonieuse et la garantie d’un
équilibre à l’âge adulte. Le mythe du
« paradis » de l’enfance repose sur le constat des
méfaits qu’entraîne l’absence de politique culturelle de
la part de son gouvernement et c’est en termes sévères que sont
jugés les manquements à la charte des Droits de l’Enfance
proclamée par la communauté internationale sous l’égide de
l’ONU en 1989.
Comme elle me
l’écrivait dans une lettre du 9 mai ;;; » se sentir
bien.. ; » Lutter donc d’abord contre le malheur
économique et affectif… Celui-ci résulte des violences et des
contradictions du monde adulte : combat entre le « aître du
ciel » et la déesse de la mer C’est celle-ci, image de la
mère qui doit céder…. L’union des papillons, des fourmis,
des oiseaux et de l’enfant permet de réduire les conséquences
néfastes de la
querelle…
Bibliographie
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Mis en ligne: Lun. - Février 14, 2005
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