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• Je peux vous dire d'autres pays… (1)Pour
Citrouille, le carnet de voyage inédit de Patrice Favaro et Françoise
Malaval, partis en
Inde
![]() •message du 7 janv . 04 Inde du Sud… si photogénique ! Gens dimages, gens de lettres… tous sy bousculent aujourdhui… Vu, entre autres, Pennac* arpentant les boutiques à touristes de Fort Cochin. So wonderful ! On sy pressera encore quelques semaines, cest la belle saison… puis ce sera à nouveau la moiteur implacable, tuante, dès février. Pour ceux qui restent, évidemment ; les hôtels ***** seront vides. Par bonheur, à Paris, il fera encore froid. Cest plus sain, cher ami. Quest-ce qui attire donc ici ? ![]() Marchandises exotiques. Personne ny échappe : on tombe, tous, tôt ou tard dans le panneau. LInde nest pas avare de clichés : instantanés saisissants, chromos fulgurants, tableaux éclatants à foison. Même après quinze ans de bourlingue dans ce pays, il nest pas rare quune scène entrevue au hasard dune rue vous saute au visage comme un feu dartifice. Toujours tiré au ras du sol, à hauteur de trottoir. On est alors percuté : plein les yeux, plein le cœur. Et pourtant, il ne sagit jamais que dimages. Images fausses, la réalité est bien loin. Plus la plongée est profonde en ce monde, plus la conscience de notre propre naïveté occidentale nous afflige. Une preuve ? Les dieux se déclinent ici en “murthis”, en images. On en compte trois cents, trois mille, trois millions, les avis divergent. On est toujours pris par une sorte de frénésie du regard au cours des premiers voyages en Inde. On voudrait épingler tout ce que lon voit comme on le ferait avec des papillons dans une boîte. Sourire radieux des enfants, chevelure dune femme fleurie de jasmin, tout autant quun corps mangé par la lèpre.On ne connaît pas la honte. Rien ne nous arrête dans notre fureur entomologique : ni fouiller lordure ni plonger la main dans la plaie ouverte, grouillante, pour peu que sy trouve la pièce qui manque à notre intime cabinet des curiosités. Nous ne craignons nullement dêtre contaminés, nous sommes hors datteinte, à labri des éclaboussures, lœil protégé par lépaisseur de lobjectif. ![]() Je ny ai pas échappé lors des mes premières visites. Depuis, jai appris à me méfier de moi-même. Mon carnet de voyage est à trous : les blancs, les vides, les clichés manquants y comptent plus que le reste. Marchandises exotiques. Nallez pas croire quon y échappe en étant né en Inde. Ce sont dautres images que nos pays renvoient ici. Un exemple. Les petites filles indiennes rêvent de robes de princesse, de princesses à la peau blanche uniquement. Une véritable épidémie. Les robes à manches ballons et à volants vaporeux débordent des boutiques jusque dans les rues des villes et des villages. A Trichy, dans le Tamil Nad, le Palais de le Robe en compte plus de 8000 : fierté du propriétaire. Cendrillon sy perdrait sans doute en cherchant quoi se mettre pour aller au bal. Strass, pacotille, clinquant : ces robes tout en toc brillent de mille feux bien plus fascinants aux yeux des fillettes indiennes que les vrais fils dor des saris que portent leurs mères. Ccedil;a devrait donner à réfléchir, non ? Réfléchir, cest ce que fait le miroir… pour mieux nous tromper. Bangalore, janvier 2004, Patrice Favaro Photos : © Françoise Malaval et Citrouille Texte : © Patrice Favaro et Citrouille Mis en ligne: Lun. - Décembre 29, 2003 » Réagir à cet article |