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• Manifeste pour un théâtre enragé (par Sébastien Joanniez)On me dit
théâtre et je rigole jaune, vert,
rouge comme un rideau de poussière qui s’abat sur une scène de
planches délabrées où la lumière grisonne poivre et
sel.
On me dit de ne pas déranger, de refermer la porte derrière moi. On me dit de chuchoter, plus bas, plus bas. On me fait signe qu’ici ce sont les sièges qui basculent. On me laisse m’installer pour le spectacle qui va commencer. On me demande d’applaudir même si, d’applaudir quand même, d’applaudir de toute façon. On me quitte et je suis parmi les autres comme moi dépaysés qui se jettent des regards en coin où clignote la même question : qu’est-ce que je fais là ? On m’a obligé, on m’a payé la place, on m’a coincé ici. On n’a pas idée du cauchemar. On éteint. On débute le spectacle à la lumière qui revient, alors apparaissent les visages poudrés, le décor d’un château, les costumes de jadis, et les personnages parlent comme avant les chevaliers. On m’ennuie jusqu’aux ongles. On me pousse à tousser, à me racler la gorge, à gémir, à dire tout haut que je comprends rien et que rien m’émeut comme on dit. On rallume et on me lève de mon siège à cause de gêne aux entourages. On me réclame l’identité, on me fiche, on m’interroge, on m’accuse de tapage aux anciens. On me cherche la folie. On me trouve la rage et on m’envoie dehors. On n’a pas idée. Sébastien Joanniez Dernier ouvrage de théâtre : Des lambeaux noirs dans l'eau du bain Mis en ligne: Sam. - Mai 21, 2005 » Réagir à cet article |